La cathédrale en feu
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La cathédrale en feu

 

Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église. Ce qu’ils voyaient était extraordinaire. Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moment un lambeau dans la fumée. Au-dessous de cette flamme, au-dessous de la sombre balustrade à trèfles de braise, deux gouttières en gueules de montres vomissaient sans relâche cette pluie ardente qui détachait son ruisselement argenté sur les ténèbres de la façade inférieure. A mesure qu’ils approchaient du sol, les deux jets de plomb liquide s’élargissaient en gerbes, comme l’eau qui jaillit des mille trous de l’arrosoir. Au-dessus de la flamme, les énormes tours, de chacune desquelles on voyait deux faces crues et tranchées, l’une toute noire l’autre rouge, semblaient plus grandes encore de toute l’immensité de l’ombre qu’elles projetaient jusque dans le ciel. Leurs innombrables sculptures de diables et de dragons prenaient un aspect lugubre. La clarté inquiète de la flamme les faisait remuer à l’oeil. Il y avait des guivres qui avaient l’air de rire, des gargouilles qu’on croyait entendre japper, des salamandres qui soufflaient dans le feu, des tarasques qui éternuaient dans la fumée. Et parmi ces monstres ainsi réveillés de leur sommeil de pierre par cette flamme, par ce bruit, il y en avait un qui marchait et qu’on voyait de temps en temps passer sur le front ardent du bûcher comme une chauve-souris devant une chandelle. 

Sans doute ce phare étrange allait éveiller au loin le bûcheron des collines de Bicêtre, épouvanté de voir chanceler sur les bruyères l’ombre gigantesque des tours de Notre-Dame. 

Victor Hugo. Notre-Dame de Paris.

 

Devoir:

1. Quelle impression veut créer Victor Hugo chez le lecteur en décrivant l’incendie de Notre-Dame de Paris?

2. Relevez tous les termes évoquant l’idée de grandeur et celle de quantité.

3. Relevez plusieurs exemples de personnifications servant à caractériser l’incendie, les gargouilles, les tours de la cathédrale. Dans quel but Victor Hugo emploie-t-il ces figures?

4. Relevez les comparaisons et indiquez pour chacune d’entre elles le terme comparé, le terme comparant et le terme comparatif.

5. Comment appelle-t-on la figure contenue dans l’expression "pluie ardente". Qu’y-t-il d’étonnant dans l’alliance des deux termes?

6. Dans l’expression "la clarté inquiète de la flamme", l’emploi de l’épithète inquiète à quoi sert-il?

7. Que désigne "ce phare étrange"? Sur quelle idée cette métaphore insiste-t-elle?